Chez moi, le vis à vis à lieu à l'intérieur de l'immeuble. Un puit de lumière sépare deux des quatre ailes du bâtiment. On a tous une fenêtre (qui ne sert à rien car dans le couloir) qui fait face à celle du voisin (distance évaluée à 4m). Personne n'ouvre jamais ces fenêtres et leur situation fait qu'il est presque impossible de surprendre quelque chose d'interessant en face. Autre détail, le seul mur mitoyen que nous ayons est celui de la salle de bain.

Mon voisin doit avoir entre 25 et 30 ans. Il est dégarni, pas très grand, assez trapu et poilu, porte de superbes lunettes en cul de bouteille, des slips kangourou et son métier semble le pousser à porter des cravates. Il est souvent absent, dieu merci. Son patron, pour ne pas avoir à le supporter, doit l'envoyer aux quatre coins du monde. Monsieur dine parfois en bande au café Libre Sens rue Marboeuf, j'ai bien peur qu'il se targue d'être un jeune branché qui sort... Un peu paradoxal quand on meuble son appartement avec un style campagnard du meilleur effet. Son mobilier "très bois" se compose de :

- 1 canapé en chêne massif, recouvert de coussins en velour fort bien rebondis, eux même recouvert d'un couvre-lit cottelé.

- 1 table (pour diner avec les potes) en chêne massif (est-ce utile de le préciser?).

- 1 guéridon en bois sculpté orné d'un naperon en dentelle fine, sur lequel Monsieur pose son ordinateur portable dernier cri.

Pour illustrer :

Et encore c'est tout ce que je vois en passant la tête par la fenêtre de mes toilettes. J'imagine avec joie la gueule de la chambre... Passons le design, parlons de sa toilette. Systématiquement, en prenant sa douche il renifle, se mouche à la montagnarde (à savoir dans ses doigts) et crache. Puis, encore plus étonnant, il profère des insultes : "Pute! Salope!". Je n'ai toujours pas compris s'il a des toc ou s'il se paluche sous la douche... En tout cas, je ne manque pas de lui répondre : "Ta gueule connard!" à travers le mur. On s'entend très bien.

Autre sujet de discorde : le foot. Il est fan. Il a eu la bonne idée de s'acheter un vidéo-projecteur et à chaque match de Lyon ou de je ne sais pas quelle équipe de merde, il invite ses beaufs de potes, tourne son somptueux canapé et projète le match sur son mur. Ces séances s'accompagnent de hurlements. C'est à ce moment précis que je vais sonner à sa porte pour lui dire : "ça va? Tu n'es pas au stade là, tu peux baisser d'un ton s'il te plait? Bonne soirée...". On s'adore.

Mais au final, je l'aime bien... On partage tant de moments extraordinaires que je n'arrive pas à vraiment le haïr. Quand je le vois passer devant la fenêtre en slip, quand je le vois repasser ses cravattes à 7 heures du mat, ou quand je rentre de boite à 4 heures du mat et que je le vois vautré sur son canapé avec une couverture et regardant du foot.