Le mieux ça serait de vous le proccurer. Faites semblant d'être malade, allez chez votre médecin et taxez lui son Nouvel Obs. Vous le reconnaitrez aisément, la couverture est des plus mièvres, espèce de montage à deux balles à dominante mauve.

Juste au dessus se trouve la deuxième accroche : "Après le massacre de Cana, Israël l'impasse de la force". Paradoxale couverture...

Tout d'abord, réaction bien humaine, je me suis attardé sur un passage où Clément Rosset tente d'expliquer pourquoi l'on souffre tant lors d'une rupture.

"Pourquoi une grave crise sentimentale peut-elle vous mettre dans un état incurable? Car, enfin, c'est sur, on n'a perdu ni la vie, ni ses enfants... Pourquoi alors, cette petite lettre que l'on attendait pas sur le paillasson peut-elle rendre fou?

L'immensité du chagrin amoureux est énigmatique. Même la philosophie ne peut consoler une victime.

D'après Platon, c'est parce ce que ce qui est vécu pendant un temps donné (relation d'un an, six mois ou 10 ans) a pour point de mire l'éternité. Du coup, lors de la rupture, tout est perdu.

Descartes, lui, met ça sur le dos du disloquement de soi. Seul on est imparfait, en couple on constitue son vrai soi, on devient parfait (ça se rapproche du mythe d'Aristophane), donc en cas de rupture c'est la perte de cet équilibre. Ouai, c'est pourri je sais. Y'a un fond de vérité dans tout ça, mais le chagrin "non justifié" que l'on éprouve est bel et bien un mystère. Le seul remède est d'ailleurs d'avoir la chance de retomber rapidement sur un autre amour. Mais ça pas besoin des philosophes pour le savoir.

A part ça, on découvre que Lucrèce, opposé à Platon, voit en l'amour une maladie, une souffrance, une folie... Pour lui "c'est bien le seul cas où plus nous possédons, plus notre coeur brûle d'un funeste désir". Autrement dit, l'amour est une voracité illimitée, on n'est jamais satisfait. Sa solution : cultiver la Vénus vagabonde, la partouze au cap d'Agde, le libertinage tout azimuts. "Effacer par de nouvelles plaies les premières blessures". J'adore cette phrase. Tout le monde fait ça. Pour info, Lucrèce se suicide à 43 ans à cause d'un amour perdu. Il n'est donc peut-être pas un exemple.

Si je vous emmerde avec tout ça, c'est parce que pour moi l'amour est une affaire sérieuse. A mon sens, le but de tous, et dans l'absolu ce qui nous fait avancer. Tu peux dire tout haut que ton objectif dans la vie est d'être président de la République, de rouler en Ferrari, d'être le DA de Louis Vuitton, de permettre la paix dans le monde etc... De la merde! Au final tu n'aspires qu'à une chose : l'amour (et ce qui en découle à savoir le sexe et la reproduction).

Et là, j'ai trouvé mon maître : Arthur Schopenhauer.

"L'amour est le but dernier de presque chaque aspiration humaine".

"Le fondement de toute action sérieuse, l'objet de toute plaisanterie".

"Plus je vois les hommes, moins je les aime, si je pouvais en dire autant des femmes, tout serait pour le mieux."

Arthur, l'auteur le plus mysogyne de toute la philosophie occidentale, celui pour qui, toute sa vie durant, l'amour sera torture. Détruit par des liaisons empoisonnées par la peur et la jalousie. Il abhorrait le genre humain mais appréciait les seins rebondis.

Arthuuur! Sors de mon corps!

Plus loin, on s'amuse avec la vie sexuelle de Kant. C'est "une des grandes énigmes irrésolues de l'histoire, avec les stigmates de sainte Catherine de Sienne et l'assassinat de JFK". LOL Pas de femme, pas de maîtresse, pas d'enfants légitimes ou pas, pas de relation sexuelle avouée, connue etc... Le roi de la branlette? Pour le savoir, lire La Vie sexuelle d'Emmanuel Kant.

A l'opposé Sartre semble avoir été un gros maso vicelard...

Pour finir, LE cas désespéré, Rousseau qui se postait à lui même des lettres d'amour sur papier doré et les relisait en larme dans la fôret de Montmorency... On peut quand même porter à son crédit une des plus belles définitions qui soient de l'amour :

"Elle était pour moi la seule femme qui fût au monde..."

Bref, essayez de dénicher ce magazine, c'est très interessant.


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