J'ai croisé un mec qui boitait dans le métro.

J'ai imaginé qu'il avait une jambe en bois dissimulée sous son pantalon. J'ai pensé flibuste. J'ai rêvé que la rame de métro était une taverne remplie de pirates quelque part sur une île de l'océan Indien. Ou que nous étions tous à fond de cale d'un steamer naviguant par vent largue à 13 noeuds. Ca sentirait le vomi et le chacal, comme dans le métro. Le grincement des rails serait le vent sifflant dans les voiles.

En fait, ça m'a surtout rappelé ce bar en Bretagne, à Quiberon plus précisément, dans lequel j'ai assisté, avec trois amis, à l'une des scènes les plus surréalistes de ma vie. Dès notre entrée, nous passons dans un monde parallèle. Des types torse nu, tatoués de partout, saoulés au rhum, dansant sur du zouk-techno en hurlant comme des animaux. L'un faisant l'équerre sur le comptoir, l'autre des pompes sur le sol, deux autres en train de faire un bras de fer. Une Gitane dansant au centre, pieds nus. Un vieux chien dégueulasse aboyant. Un vieux barbu grattant une guitare. Des filets de pêche suspendus au plafond. De la fumée. Un homme qui approche deux hauts tabourets l'un en face de l'autre, riant et mettant au défi un ivrogne. L'assemblée entoure les deux hommes. Un presque silence se fait. L'homme rieur fixe l'autre droit dans les yeux. Il est droit comme un i. Il ne bouge plus. Deux malabars le saisissent. Ils soulèvent et posent l'homme bûche entre les deux tabourets. La nuque sur le dossier de l'un, les chevilles sur le dossier de l'autre. Il est raide. La gitane passe en limbo dessous. Les hurlements reprennent.

C'est chiant le métro à Paris.


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