"Prendre cher".

Voilà une expression que l'on entend souvent. Dans un acte sexuel, il y a celui qui donne cher et celui qui prend cher. La "victime" est la personne passive, celle qui se fait pénetrer. Dans un couple hétérosexuel, il s'agit de la fille. Dans un couple homosexuel, il s'agit d'un des deux mecs, celui qui est passif.

Donner cher implique une certaine violence pendant le rapport. L'actif accentue l'intensité, la force et la fréquence de la pénétration. Il adopte un certain détachement par rapport à son partenaire qu'il manipule avec brutalité et transforme son pénis en arme de plaisir, lui donnant l'impression superficielle de dominer. Il lui met sa rouste.

En réalité, on remarque qu'il n'y a pas vraiment de dominant ni de dominé. Il y a dans la prise cher, forcément échange entre les deux protagonistes. La position de dominant ne s'obtient pas par la possession d'un pénis. Dans un couple normal, c'est d'ailleurs un peu à la "victime" d'encourager ou du moins de faire comprendre que la montée en puissance est autorisée ou pas et jusqu'à quel point elle est tolérée. Sinon, ça s'appelle un viol. Même si le receveur entre dans une forme d'abandon et de soumission, sa participation est primordiale. Pour que la magie de la prise cher opère, il faut que l'effort physique fournit par le donneur rencontre un echo dans l'attitude de la victime, traduite ici par des cris de plaisir, simulés ou pas, des mouvements, une excitation, un encouragement. Même le plus gros des bourrins se trouverait démuni face à une fille restant stoïque pendant un rapport. On prend cher à deux donc.

Mais en fait, à quel moment commence-t-on à prendre cher? Quand Jenna Jameson estime commencer à prendre cher, la fille lambda est déjà dans le coma depuis longtemps. Quand Woody Allen s'excite sur sa fille, pardon sa compagne, c'est un peu comme quand Mike Tyson fait l'amour tendrement à sa femme. C'est très subjectif. J'ai appris qu'une ex prenait cher en ce moment. Alors je me suis demandé si quand elle sortait avec moi, elle estimait prendre cher aussi. A la base, je suis de nature plutôt douce et je pèse 70 kg, donc les filles ne couchent pas avec moi pour passer à travers les cloisons. Avec elle, en plus, j'avais la mauvaise manie de la traiter comme une poupée en porcelaine, c'est à dire à toujours avoir peur de la brusquer, de la choquer, de la défoncer. En gros, les rapports étaient très calmes. Pourtant, un soir, après une levrette en position allongée (comprenne qui pourra) vaguement appuyée, elle a laché : "tu m'as cassé les reins". Je me souviens encore avoir été choqué par cette déclaration. Non pas que je trouvais l'expression vulgaire, mais plutôt que son jugement était si loin de la réalité que j'en restais con.

Y'a-t-il un domaine plus subjectif que le sexe?


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