Qui ne s'est jamais promené un samedi après-midi dans le triangle Colette-Opéra-Palais Royal, ne comprendra pas ce sujet. Dans ce royaume merveilleux sévit un mal terrible : la mythomanie textile. On est là pour montrer sa dernière tenue, on est là pour participer au concour du plus gros sac, on est là pour le rodage de sa dernière paire de Marc Jacobs, on est là pour rouler en vélo en costume trois pièces. Insupportablement branché. On s'habille comme si on voulait se convaincre que l'on est un acteur essentiel de la mode ou pire encore, un précurseur.

Malheureusement, le milieu de la mode est très radin, donc en dehors des cadres dirigeants des maisons de luxe (qui eux sont en costume) et des quelques directeurs artistique (qui se comptent sur les doigts d'une main), tous les autres sont très mal payés. En tout cas pas assez pour s'acheter toutes les semaines un pantalon Dior, une paire de Manolo Blahnik ou une veste Helmut Lang. On est un acteur de la mode mais on doit se contenter des fins de série, du vintage ou du neuf à prix réduit en économisant plusieurs mois. Tu créés des fringues que seules ces connasses de mannequins ont les moyens ou les mensurations de porter, alors que toi, avec toute la bonne volonté du monde, tu ressembles assez à un sac. L'ingratitude et le paradoxe du milieu de la mode se lisent sur le visage antipathique des putes à frange, trentenaires Roitfeldisée, cendriers de luxe montés sur escarpins ou sur celui des gays exaltés dont le sac à main et les manières battent bientôt ceux des femmes. Mais peu importe, quand on est l'assistante de l'assistant de l'un des attachés de presse de chez Yves Saint-Laurent, on a quand même la grosse tête. On peut légitimement se balader rue Saint-Honoré avec des lunettes de soleil en arborant le parfait air arrogant de la modasse un peu entrainée. Quand on est le japonais over stylé, la vie n'est pas facile. On a beau être le plus créatif, on sait déjà qu'on restera toujours un assistant. Avez-vous déjà vu une marque vendre en Asie tout en ayant un asiatique comme directeur artistique? Prenez le site Face Hunter, regardez et dites moi ce que font dans la vie tous ces gens. A part réflechir toute la semaine à la façon dont ils vont s'habiller le week-end pour se faire remarquer, je ne vois pas.

En ce moment, c'est la fashion week. Alors, samedi, l'ambiance était encore plus puante que d'habitude. J'ai eu envie d'attraper une fourrure polaire, un Frison-Roche et de partir dans les Alpes. Je le ferai sans doute un jour, avant de commettre l'irréparable.

Photo : Bill Charles.


***