Les gens outrageusement à la mode dont je parlais récemment écoutent évidemment tous la même musique. Il ne se sont plus à un consensus près. Le mimétisme stylistique se retrouve dans la musique et ce joli petit microcosme de la branchitude tourne en boucle. On multiplie les saillies consanguines au Paris-Paris, au Showcase, au Tryptique, à la Flèche d'Or ou au Point Ephémère.

Etre un rebelle à la mode. Voilà un beau paradoxe. A première vue, ça semble presque impossible, pourtant ils y arrivent. Les potions magiques à se verser dans les oreilles pour y parvenir se nomment Justice, Uffie, TTC, Kavinsky, DJ Medhi, Kitsune, Busy P etc. Distillé par myspace ou quelques blogs mp3, ce breuvage donne instantanément des supers pouvoirs. Tu deviens un fluokid, un edbanger, un cobrasnake. En gros, tu te transformes en un adolescent de 16 à 35 ans habillé comme Punky Brewster, qui agite son verre et sa clope en rythme avec la musique du jeudi soir au dimanche matin. Mais comme myspace et une multitude d'autres sites "branchés" ne te disent pas le contraire, tu penses être à la pointe alors que tu n'es ni plus ni moins qu'à la mode. Moi le premier, j'avais il y a encore quelques semaines des liens vers les sites cobrasnake, facehunter et edbangers record. Je me rends même régulièrement sur fluokids pour prendre quelques mp3 car c'est pratique mais en prenant bien soin de passer entre les textes ou les photos. Difficile d'échapper à ce phénomène à partir du moment où tu es sensible aux images et au son. C'est très séduisant. J'ai vu des gens qui n'ont rien à voir avec ce style basculer du jour au lendemain.

L'architecte principal de tout ça, Pedro Winter, est un génie du buzz. C'est lui qui a lancé les daft Punk. Son bras armé le plus doué est son graphiste : So Me. Une mécanique très performante qui joue sur des signes symboliques forts et primaires à la portée de tous. Combien de profils myspace avec la croix des Justice dans leur top friends? Presque à eux deux, ils ont imposés ce nouveau style qui cartonne sur la place de Paris et s'étend de plus en plus. Un groupe de potes, déconneurs, simples, cools, branchés, accessibles, à qui on peut s'identifier et même parler en boîte. Mais il faut ouvrir les yeux. C'est du business et la valeur ajoutée créative est faible. Remix de Sebastian, logos, flyers et clip de Kavinsky, ça s'arrête là. Le reste c'est toujours pareil, de l'electro répétitive estampillée "edbangers" pour oreilles pas trop chiantes. Justice n'a plus rien fait de bien depuis Never be Alone et pratiquement tous leurs morceaux sont des copies conformes de vieux morceaux inconnus du grand public. Comme leurs grands frères des Daft Punk, ils ont étendus la technique du sample à la copie pure et simple.

Exemple : Justice - Phantom :

Et maintenant écoutez le premier morceau de cette compilation de musiques de films d'horreur TENEBRE...

Ne soyez pas choqués. Dites-vous bien que les Justice ne sont que les nouveaux Daft Punk. Même manager (Pedro Winter) et donc mêmes procédés. Jetez un petit coup d'oeil à ce lien : Reprises & Samples

Nous voilà sombrant dans un monde musical très bizarre où des musiciens acquièrent une notoriété et une crédibilité en produisant une musique créée par d'autres, que le plus grand nombre achète et vénère sans se poser de question. Un monde aussi où des musiciens acquièrent une notoriété et une crédibilité sans avoir sortis un seul album. Juste en laissant quelques sons arrangés sur une page myspace. Juste en développant un univers visuel très puissant. Aujourd'hui, les soirées ne sont plus animées par des djs mais par des groupes électro. Les soirées sont composées de dj sets, mais elles s'appeleront bientôt concert de djs. Célébration de la musique électronique de supermarché.


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