Je me souviens très bien.
Ce matin là, je m'étais levé plus tôt pour profiter de la petite houle d'été glassy qui déferlait à Bondi beach. J'avais décidé d'utiliser mon longboard et le transporter dans le bus à l'heure de pointe était impossible. 6:12 am. En avalant mes Ski Smoothies, j'allumais la radio. Le présentateur d'ABC Sydney ne tarda pas à annoncer la nouvelle :
Après seulement 15 minutes de concert, il s'écroule sur scène. Son corps entame une dance spasmique magnifiée par une éjaculation de vomi. La musique orpheline ne s'arrête pas. Voyant que rien ne relèvera le blouson et le chapeau, Miss Moss entre sur scène, titubante, ramasse le micro à la dérive dans une marre au pH extraordinaire, et laisse échapper quelques sons bizarres de sa bouche déformée. Sentant que la mélodie est définitivement impossible à suivre, elle entame un pogo solitaire, agitant membres, cheveux et clitoris. La foule, composée d'adolescents de 10 à 15 ans, adhére complètement, bruyamment, pitoyablement. Stimulée au plus haut point par les cris aigus des lolitas aux ongles rouges, Kate tombe à genoux, relève sa mini en cuir, envoie ses cheveux en arrière et introduit le micro dans sa chatte.
Une heure plus tard, le groupe fête avec quelques groupies ce qui est sans doute le plus beau concert de leur vie. La fille de l'ambassadeur d'Italie au Royaume-Uni, 12 ans, se fait un rail sur la bite du guitariste. Pete a retrouvé quelques forces, assez en tout cas pour s'emparer des clés de la voiture de Kate. La Midget déboule sur King's Cross road sans doute un peu trop vite, sans doute un peu trop de travers. Dans un simulacre de réflexe, Miss Moss lache sa clope, enfonce désespérement ses ongles dans le cuir du siège, puis s'envole, petit oiseau de verre. Doherty, les yeux fermés depuis quelques miles, n'a même pas l'occasion d'analyser les causes de sa mort. La douleur fulgurante et insupportable d'un crucifix métallique et d'un axe de volant encastrés dans le sternum.
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