Parait qu'il y a de la cocaine et de la marijuana dans l'air de Rome. C'est très concentré au dessus de l'université de La Sapienza. Les italiens sont de gros toxicos et alors? Au moins ils sont plus simpatico que nous.

Mon grand père maternel aussi est toxico. En tout cas, il en a les symptômes. Il débloque un peu. Je l'ai appelé il y a deux semaines. On s'entend très bien, on rit pas mal, on parle de cul, on se taquine. Mais quelques jours plus tard, il ne sait plus qui je suis. Il dit à ma mère qu'il y a un jeune qui l'appelle souvent, avec qui il s'entend bien. Un neveu lointain de ma mère, avec les cheveux un peu longs. Mais c'est pas grâve tout ça. Il y a bien des ex qui m'oublient, après tout ce que je leur ai fait, en bien ou en mal. Et ça ne choque personne. Pourquoi mon grand-père n'aurait pas le droit d'oublier quelques trucs? Par exemple, qu'il m'a raconté déjà 20 fois comment, étant jeune, il avait dépucelé une fille sur les bords enneigés d'un canal? Le principal, c'est qu'il n'oublie pas l'acte en lui même. Qu'il garde bien en lui tous ses souvenirs. La brulante douceur après la morsure froide de la neige, les cris étouffés dans le brouillard, sa mère qui découvre le sang sur le manteau. Sa femme risque de mourir dans les jours à venir, mais jamais son cerveau fragilisé n'écrasera le fichier contenant leurs souvenirs communs. Ce n'est pas parce que le lecteur ne marche plus qu'il n'y a pas de back up. Ce n'est pas parce qu'on le montre pas que les gens ne nous manquent pas. Ce n'est pas parce qu'on ne peut plus le montrer que les gens ne nous manquent pas.

A la fin, il n'y a plus que les souvenirs. Et même un peu emmêlés, c'est tout ce qu'on a. Quoiqu'il arrive entre nous, n'oublie jamais ce moment.


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